
Le gouvernement rwandais a critiqué la position «malavisée et erronée» de la communauté internationale sur le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), dans un contexte de tensions accrues entre Kinshasa et Kigali suite aux dernières offensives du groupe rebelle du Mouvement du 23 mars (M23).
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Vincent Biruta, a confirmé une conversation entre le président rwandais, Paul Kagame, et le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, à l’issue de laquelle il a regretté que «les différences de compréhension sur la question persistent».
Après la conversation «productive» avec Kagame, M. Blinken a déclaré qu’il était nécessaire d’instaurer «la paix et la sécurité dans l’est de la RDC». «Les États-Unis appellent le Rwanda à honorer ses engagements à Luanda, notamment à mettre fin à son soutien au M23», a-t-il ajouté.
Dans le cadre d’un sommet organisé dans la capitale angolaise pour faire avancer la normalisation des relations diplomatiques, la RDC et le Rwanda ont accepté un cessez-le-feu, ainsi que le retrait du M23 des zones récemment conquises par le groupe rebelle dans la province orientale du Nord-Kivu.
En réponse, M. Biruta a déclaré, dans une série de messages publiés sur son compte Twitter, que «la position erronée et malavisée de la communauté internationale continue d’exacerber le problème», avant de souligner qu'»une solution durable exige de placer la responsabilité là où elle doit être».
Biruta a pointé du doigt «le dysfonctionnement du gouvernement de la RDC et de ses institutions ainsi que son soutien aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR)», un groupe rebelle armé fondé et composé principalement de Hutus responsables du génocide de 1994 dans ce pays africain.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères a également souligné «les interférences et les dictats extérieurs ainsi que les efforts régionaux et continentaux qui servent à protéger la RDC de toute responsabilité et l’encouragent à ne pas répondre aux engagements pris dans les processus en cours».
En outre, il a réaffirmé que «le M23 ne doit pas être assimilé au Rwanda». «Ce n’est pas un problème que le Rwanda doit résoudre», a-t-il souligné, tout en insistant sur le fait que «les préoccupations du Rwanda en matière de sécurité doivent être traitées et, si d’autres ne se sentent pas obligés de le faire, le Rwanda continuera à le faire par lui-même».
Les relations entre la RDC et le Rwanda sont en crise depuis l’arrivée massive de Hutus rwandais dans l’est de la RDC, accusés d’avoir massacré des Tutsis lors du génocide rwandais de 1994.
Les tensions sont remontées en mai, lorsque le gouvernement congolais a convoqué l’ambassadeur rwandais pour dénoncer le soutien présumé de ce pays au M23, ce que Kigali a rejeté, affirmant pour sa part que Kinshasa soutient le FLDR pour mener des attaques au Rwanda.
Le M23 est accusé depuis novembre 2021 de mener des attaques contre des positions de l’armée dans le Nord-Kivu, alors que les autorités congolaises et le M23 ont signé un accord de paix en décembre 2013 après des combats depuis 2012 avec l’armée, qui était soutenue par les troupes de l’ONU. Les experts de l’ONU ont accusé l’Ouganda et le Rwanda de soutenir les rebelles, bien que les deux pays aient démenti.
L’UNICEF s’alarme de l’ampleur de la crise Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a souligné que «l’ampleur de la crise et le manque de protection» des personnes déplacées par le conflit dans l’est de la RDC sont «alarmants».
La directrice de l’agence pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Marie-Pierre Poirier, a déclaré que les enfants sont confrontés à des dangers croissants liés à l’insécurité et à la propagation des épidémies de choléra et de rougeole, avant d’avertir que la situation pourrait devenir incontrôlable, notamment dans les camps les plus surpeuplés.
«Il y a maintenant 5,7 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la RDC, la grande majorité d’entre elles dans l’est, car les combats ont repris cette année, ce qui a entraîné 1,5 million de personnes déplacées supplémentaires, dont plus de la moitié sont des enfants», a-t-il déclaré, selon un communiqué publié par l’UNICEF.
«Les dommages causés aux enfants sont absolument choquants», a déclaré M. Poirier, qui a souligné qu’il est essentiel que la communauté internationale n’ignore pas les souffrances causées par cette crise. «La communauté internationale doit agir maintenant pour faire face à cette crise majeure de protection», a-t-il déclaré.
L’UNICEF a noté que les enfants sont les principales victimes du conflit en raison de la séparation de leur famille, du recrutement par les groupes armés et de l’augmentation de la violence sexiste, tandis que M. Poirier a souligné le risque d’une épidémie de choléra en expansion dans la ville de Goma.
L’agence a demandé 862,4 millions de dollars (environ 820 millions d’euros) pour aider plus de huit millions d’enfants d’ici 2023, notamment en vaccinant onze millions d’enfants de moins de cinq ans contre la rougeole et en donnant à 3,4 millions de personnes un accès à l’eau potable.
L’UNICEF vise également à fournir un soutien psychosocial à deux millions d’enfants et de soignants, une éducation à 1,7 million d’enfants et un abri à 1,1 million de personnes, ainsi qu’un traitement à 996 000 enfants souffrant de malnutrition sévère. «Le bien-être des enfants en RDC sera toujours notre priorité absolue. Les enfants ne peuvent pas attendre. Nous devons agir maintenant», a déclaré M. Poirier.






