M. Borrell estime que l’UE «doit faire face à un processus de réarmement» et appelle à la coordination.

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Le Haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, lors d’une conférence au CIDOB. – DAVID ZORRAKINO – EUROPA PRESS

Le haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère, Josep Borrell, a assuré que l’UE «doit s’attaquer à un processus de réarmement si elle veut être à la hauteur des défis auxquels elle est confrontée», et a préconisé une coordination entre les pays pour y parvenir de manière harmonisée.

Lors d’un dialogue ce vendredi à Barcelone avec le directeur du CIDOB, Pol Morillas, M. Borrell a affirmé que la guerre en Ukraine a aidé l’UE à prendre conscience de la nécessité de ce réarmement, même s’il a ajouté que l’Union a également «d’autres défis» dans le monde.

Il a expliqué que l’industrie européenne de la défense travaille à plein régime pour reconstituer le stock d’armes destiné à l’Ukraine, et il a fait valoir que la capacité de défense de l’Union dans son ensemble devrait être prise en considération : «Si chaque pays fait cela de son côté, ce sera un gaspillage de ressources», a-t-il averti.

Il ne pense pas qu’il soit possible qu’il y ait une armée européenne, mais il a souligné que des progrès doivent être faits pour rendre la force militaire européenne plus puissante, car il considère que «maintenant elle ne l’est pas», et il a également assuré qu’il ne suffit pas d’avoir le parapluie des États-Unis, car il y aura des conflits dans lesquels les Américains ne voudront pas entrer, après quoi il a mentionné le Sahel.

IL N’Y A PAS DE «COURSE AUX ARMES» DANS L’UE Le chef de la diplomatie européenne a également souligné que l’Europe «ne se lancera pas dans une course aux armes» avec la guerre en Ukraine, et a ajouté que l’UE est un projet de paix et non une alliance militaire.

«Nous voulons avoir la capacité de coordonner nos forces armées, mais nous ne devons pas créer une OTAN européenne», et il a soutenu que le système de sécurité européen devrait être reconstruit, comme cela s’est produit avec l’OSCE à la fin de la guerre froide, mais il estime qu’il est difficile de le faire maintenant sans savoir comment se terminera la répartition du pouvoir au sein de la Russie.

M. Borrell estime qu’il est trop tôt pour penser à ce que seront les relations avec la Russie après la guerre avec l’Ukraine, et a prévenu qu’il est possible que le conflit «ne prenne pas fin mais se fige, comme en Corée» et qu’il devienne chronique avec un cessez-le-feu et une ligne de front.

Il a regretté que la Russie n’accepte pas l’UE comme interlocuteur, mais soit plus à l’aise pour parler séparément avec les pays, mais a assuré que les sanctions européennes seront un élément fondamental dans les négociations avec la Russie, c’est pourquoi il considère que l’UE devrait être à la table des négociations pour un ordre de sécurité : «Je n’aspire pas à prendre la tête des négociations qui permettent un cessez-le-feu», a-t-il reconnu.

«ÉVITER DE DÉPENDRE DE LA CHINE En ce qui concerne les relations avec la Chine, il a déclaré qu’elles seront inévitablement très complexes, mais il a soutenu que «nous devons éviter que les interrelations ne se transforment en dépendance», car il estime que c’est l’erreur que l’UE a commise avec la Russie et sa dépendance énergétique, ce qui est en train d’être corrigé, a-t-il ajouté.

M. Borrell a déclaré qu’avec la Chine, la bataille des récits est de plus en plus importante et décisive, après quoi il a souligné que ces batailles «ne se gagnent pas en bombardant des territoires, mais en bombardant les esprits et en conditionnant la façon dont les gens pensent».

«La compétition avec la Chine doit être idéologique et factuelle. Si elle n’est qu’idéologique, elle mène à la confrontation, ce qui n’est bon pour personne, ou à une impasse, à un manque de coopération», a-t-il averti, soulignant que des problèmes tels que le changement climatique ne peuvent être résolus sans coopération avec la Chine.

M. Borrell a soutenu que l’UE est en politique étrangère ce qu’elle était en politique monétaire avant l’euro, puisqu’elle est dans une phase de faire quelque chose en commun, mais pas d’avoir une politique étrangère unique.

Il a donné l’exemple des investissements en Amérique latine, où la «présence massive des investissements européens ne correspond pas à l’influence politique qu’ils devraient avoir», et il estime que c’est une conséquence de la fragmentation de la politique étrangère, à laquelle aucun État ne va renoncer, a-t-il souligné.