
Les dirigeants de l’UE ont réaffirmé mercredi leur intention de renforcer les relations commerciales avec les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), malgré l’incapacité du bloc de l’Asie du Sud-Est à condamner unanimement l’agression russe en Ukraine et à éviter une position ferme face à l’affirmation de la Chine à l’égard de Taïwan.
Lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet qui s’est tenu à Bruxelles, le président du Conseil européen, Charles Michel, a souligné que la rencontre avait été «historique», réunissant pour la première fois autour d’une même table des dirigeants européens et d’Asie du Sud-Est après 45 ans de relations. Dans ce sens, il a insisté sur l’intention de développer le potentiel du lien pour avoir des économies plus prospères et durables, rendant le partenariat entre l’UE et l’ASEAN plus fort.
L’ancien Premier ministre belge a exprimé la volonté de l’UE d'»augmenter le niveau d’ambition» avec les pays de l’ANASE et a souligné l’offre de mobiliser 10 milliards d’euros dans les infrastructures de la région, des fonds qui serviront à obtenir des résultats «tangibles» pour les populations d’Asie du Sud-Est.
Pour sa part, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a mis l’accent sur l’accroissement des échanges entre les deux régions, soulignant l’aspiration à développer davantage d’accords de libre-échange avec les pays de la zone, en plus de ceux conclus avec Singapour et le Vietnam. Tout cela dans le «but ultime» de relancer la dynamique de négociation d’un accord de libre-échange de région à région, qui a commencé à être discuté en 2007 et a été laissé pour compte par manque d’intérêt politique.
«Le rêve est de parvenir à un accord de bloc à bloc le plus tôt possible», a ajouté M. Michel, tandis que du côté asiatique, le premier ministre cambodgien et actuel président de l’ANASE, Hen Su, a insisté sur le fait que «la politique ne devrait pas empêcher les accords de libre-échange» et a affirmé que tout accord futur entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est devrait être signé «en tant que partenaires égaux».
CONDAMNATION DE L’INVASION RUSSE EN UKRAINE Les belles paroles sur le renforcement de l’accord UE-ANASE n’ont pas été ternies par le manque d’unanimité des pays asiatiques pour condamner explicitement l’agression russe en Ukraine. La déclaration commune des dirigeants européens et asiatiques, négociée jusqu’à la dernière minute, ne comporte pas de rejet manifeste de l’invasion russe et reprend la formule utilisée lors du sommet du G20 en Indonésie le mois dernier.
Le texte commun souligne ainsi l’attachement des deux blocs au multilatéralisme, à l’ordre mondial fondé sur des règles et au respect de l’intégrité et de la souveraineté des pays, et note que la «majorité» des personnes présentes à la réunion condamnent fermement la guerre en Ukraine.
Il rappelle toutefois qu'»il y avait d’autres points de vue et des évaluations différentes de la situation et des sanctions contre la Russie». «Nous continuons à réaffirmer, comme pour toutes les nations, la nécessité de respecter la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine», peut-on lire dans les conclusions, qui sont identiques à celles du sommet du G20 de Bali.
À cet égard, le premier ministre cambodgien a insisté, après le sommet, sur la position du bloc asiatique, à savoir le «respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique», et a déclaré que l’ANASE s’opposait à «l’annexion et au recours à la force contre un État souverain». Bien que la plupart des pays de l’ANASE aient soutenu la résolution des Nations unies dénonçant l’agression russe en Ukraine, ni le Laos ni le Vietnam ne s’y sont ralliés et ont choisi de s’abstenir.
«Il est vrai que tous les pays de l’ASEAN n’ont pas la même position», a reconnu le dirigeant cambodgien, mais il a néanmoins souligné la demande de la région pour un cessez-le-feu et une pacification du conflit en Europe de l’Est. Les pays d’Asie du Sud-Est appellent à une cessation des hostilités en Ukraine, à la création d’un environnement permettant de résoudre les problèmes de manière pacifique, en autorisant l’accès humanitaire aux civils.
Concernant les tensions en mer de Chine méridionale liées à la question de Taïwan et la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine, les conclusions des dirigeants européens et asiatiques indiquent que cette mer est une clé du commerce mondial et soulignent l’importance de maintenir et de promouvoir la paix, la sécurité, la stabilité, la sûreté et la liberté de navigation et de survol dans cette zone.
Quant à l’affrontement entre Pékin et Washington, le président philippin, Ferdinand Marcos, a clairement indiqué lors d’une conférence de presse que les pays de la région ne veulent pas «revenir à la guerre froide» et à une situation dans laquelle ils doivent «choisir une superpuissance». «L’avenir de la région indo-pacifique doit être résolu par les pays de la région indo-pacifique et non par des pays extérieurs», a-t-il déclaré.






