
Les autorités françaises ont répondu jeudi aux critiques de l’Algérie, qui a accusé Paris de l'»exfiltration clandestine et illégale» d’une opposante, en affirmant qu’accorder une «protection consulaire» à une personne de nationalité française «n’est pas anormal».
Le gouvernement algérien a rappelé jeudi son ambassadeur en France, Said Musi, pour consultations après avoir «vivement protesté» contre ce qu’il considère comme une «violation de la souveraineté nationale» par Paris en facilitant la fuite de l’opposante algérienne Amira Buraoui, qui se trouvait en Tunisie.
«Il faut rappeler que Mme Buraoui est de nationalité française et qu’à ce titre, les autorités françaises exercent leur protection consulaire, ce que nous faisons pour tous nos compatriotes en détention. C’est une procédure qui ne sort pas de l’ordinaire», a déclaré quelques heures plus tard un porte-parole du ministère français des affaires étrangères.
En réponse au rappel de l’ambassadeur Musi pour consultations, le porte-parole de la diplomatie française a pris ses distances par rapport à cette décision, soulignant qu’il ne lui appartenait pas de faire des commentaires, tout en soulignant l’intention de Paris de «continuer à œuvrer à l’approfondissement des relations bilatérales dans l’esprit de la Déclaration d’Alger», signée par les deux pays fin août.
Buraoui a été transféré le 6 février de Tunis à la ville française de Lyon. La militante a été arrêtée à Tunis le 3 février alors qu’elle s’apprêtait à se rendre en France après avoir franchi clandestinement la frontière algéro-tunisienne.
Elle a ensuite comparu devant un juge tunisien le 6 février, qui l’a libérée et lui a rendu son passeport, mais elle a été de nouveau arrêtée alors qu’elle quittait le tribunal dans le but d’être expulsée vers l’Algérie. Cependant, elle a été transférée à l’ambassade de France, après quoi elle s’est finalement rendue à Lyon, comme le rapporte le journal «Tout sur l’Algérie».
Le militant de l’opposition a été condamné à deux ans de prison en mai 2021 pour «atteinte à la personne du président de la République», «outrage à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions» et «diffusion d’informations susceptibles de porter atteinte à l’ordre public», ainsi que pour «atteinte aux préceptes de l’islam et du prophète».
Buraoui a été condamné en 2020 à un an de prison pour les mêmes chefs d’accusation, pour «publications susceptibles de porter atteinte à l’unité nationale» et pour «incitation» à des manifestations pendant le confinement imposé par les autorités pour le coronavirus. Buraoui a lancé en 2014 une campagne contre celle du président de l’époque, Abdelaziz Bouteflika, pour un nouveau mandat, ce qu’elle a réussi à faire. Par la suite, elle a été l’une des organisatrices des mobilisations contre le président lorsqu’il a annoncé en 2019 son retour aux urnes, ce qui a finalement forcé sa démission en avril de la même année.
Les tensions bilatérales refont surface moins de deux mois après que le ministre français de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé le retour à des «relations consulaires normales» avec l’Algérie, après plus d’un an de réduction de moitié des délivrances de visas, ce qui a tendu les relations entre Paris et Alger.
La Déclaration d’Alger précitée a été ratifiée par les présidents français et algérien, respectivement Emmanuel Macron et Abdelmayid Tebune, qui se sont mis d’accord sur un document qui certifie une «nouvelle dynamique irréversible» dans les relations entre les deux pays, 60 ans après l’indépendance de l’Algérie face au colonialisme français et face aux divergences sur ce point et d’autres questions régionales.
Source: (EUROPA PRESS)






